Une figure nouvelle, pas une simple refonte
Le recrutement à l'origine qui a émergé dans le débat andorran cette année n'est pas une version rebaptisée des travailleurs saisonniers historiques. C'est une figure nouvelle, introduite par la Loi 2/2026, du 22 janvier, entrée en vigueur le 13 février 2026, et qui coexiste avec le régime des temporaires au lieu de le remplacer.
La différence fondamentale porte sur le lieu et la procédure du traitement administratif. Les temporaires se gèrent individuellement : le travailleur arrive et s'intègre progressivement. Dans le recrutement à l'origine, l'entreprise formalise le contrat dans le pays de résidence du candidat et la procédure est collective, conçue pour gérer plusieurs autorisations en parallèle.
Le programme pilote en cours
En août 2026, il ne s'agit plus d'une théorie: le programme pilote est déjà opérationnel.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Places du programme pilote | 450 |
| Secteur concerné | Hôtellerie et restauration |
| Période des contrats | Décembre 2026 à août 2027 |
| Ouverture des demandes | 27 juillet 2026 |
| Fermeture des demandes | 31 mars 2027 |
| Pays d'origine | Tout pays extracommunautaire |
| Tarif administratif | 190,96 euros par autorisation |
La mention des pays d'origine est pertinente car on avait cru pendant des mois que le pilote se limiterait à un seul pays. Finalement, il s'est ouvert à tous les pays extracommunautaires.
Les engagements de l'entreprise
Voici le détail qui décide vraiment si cette figure vous convient. Le recrutement à l'origine transfère à l'entreprise des coûts que le régime des temporaires ne lui impose pas toujours :
- Logement certifié. Tout logement ne convient pas : il faut une vérification formelle et le respect de normes minimales.
- Transport. L'entreprise couvre au moins le 50% du billet aller-retour, le travailleur assume le reste.
- Épuiser le marché interne. Avant d'accéder à la quota, il faut avoir reçu et entretenu les candidats proposés par le Service de l'Emploi (Servei d'Ocupació) et justifier les refus.
- Retour obligatoire à l'issue. Le permis s'éteint avec le contrat et il n'y a pas de regroupement familial. Pour reconduire avec la même personne, il faut relancer une demande dans l'appel suivant.
Cette combinaison explique les réactions du secteur. Le président du syndicat hôtelier a public statement que cette figure reste viable surtout pour les établissements de taille importante, tandis que les petits hôtels avec fermeture saisonnière supportent des coûts fixes pendant les mois d'inactivité. Son évaluation a été nette : ce n'est pas une opportunité favorable pour tout le tissu hôtelier.
Avant de demander des places, faites le calcul complet : tarif, 50% du transport et logement certifié pendant toute la durée du contrat, y compris les mois où votre établissement facture peu. Si le contrat court de décembre à août et vous fermez en mai et juin, ces deux mois coûtent quand même. C'est ce chiffre, et non la commodité administrative, qui tranche vraiment.
Commerce : pour l'instant exclu
Si votre activité est le commerce, la réponse directe est que le programme pilote ne vous concerne pas. Il est limité à l'hôtellerie et la restauration.
Le commerce continue à fonctionner sous le régime des temporaires, qui pour la saison hivernale 2025-2026 a compté une quota de 455 places dans un total de 4.995 autorisations, extensible de 30% jusqu'à environ 6.500. Pour l'été 2026 a été approuvée une quota générale de 500 travailleurs, avec un régime spécifique pour les frontaliers.
Ce qui a vraiment changé pour le commerce, et s'applique déjà, c'est l'obligation renforcée d'épuiser le marché interne : entretiens directs avec les candidats proposés par le Service de l'Emploi et justification des refus. Cette charge administrative est nouvelle et affecte tous les commerces.
Le Gouvernement a annoncé qu'il évaluerait une extension du recrutement à l'origine à d'autres secteurs après le pilote, mais il n'y a pas encore de calendrier.
Les deux figures, côte à côte
Pour le voir d'un coup d'œil, voici les deux modalités comparées point par point :
| Travailleurs saisonniers | Recrutement à l'origine | |
|---|---|---|
| Cadre légal | Régime historique d'immigration | Loi 2/2026, figure nouvelle |
| Procédure | Individuelle | Collective, depuis le pays d'origine |
| Durée | Par saison | Jusqu'à 12 mois, 9 mois dans le pilote |
| Transport | À charge du travailleur | 50% à charge de l'entreprise |
| Logement | Selon le secteur et négociation | Certifié, à charge de l'entreprise |
| Regroupement familial | Limité | Non |
| Retour obligatoire | Oui | Oui |
L'une n'est pas meilleure que l'autre. Ce sont des outils différents : le recrutement à l'origine gagne en efficacité procédurale et perd en coût direct.
Ce que cela implique dans vos systèmes
Pour un hôtel ou une chaîne de restauration, gérer 40 ou 50 intégrations simultanées de travailleurs arrivant de l'étranger n'est pas un problème de gestion des ressources humaines, c'est un problème logistique assorti d'obligations légales. Ce qu'il faut maîtriser :
- Dossier par travailleur avec statut de la procédure, dates d'autorisation, arrivée prévue et date de retour obligatoire
- Logement assigné et sa certification, avec date d'expiration, car c'est un prérequis à pouvoir démontrer
- Justification du marché interne : quels candidats ont été proposés par le Service de l'Emploi, qui les a reçus et pourquoi ont-ils été refusés. C'est de la documentation qui peut être demandée plus tard
- Affiliation à la CASS pour chaque intégration, avec ses délais
- Calendrier des retours, car le permis expire avec le contrat et l'entreprise a une responsabilité dans la vérification du départ
- Coûts imputés par travailleur : tarif, transport, logement, pour connaître le coût réel de chaque place
C'est exactement le type de processus que nous automatisons dans les projets pour les hôtels et pour le secteur des services, généralement intégré dans l'ERP ou CRM qui gère déjà l'opérationnel. Et pour le calcul du coût réel de chaque intégration, nous disposons d'un calculateur de coût de l'employé public.
La documentation d'épuisement du marché interne est celle qui coûte le plus cher à improviser. Gardez dès le premier jour qui a reçu qui, quand et avec quel résultat. Quand l'administration pose la question, la différence entre avoir un tableau et avoir un dossier d'e-mails c'est la différence entre répondre en une heure ou en une semaine.
Ce qui reste à préciser
En toute honnêteté, il y a des points qui ne sont pas encore finalisés publiquement : les détails du règlement de procédure, les seuils légaux de réduction de salaire pour le logement, les cotisations spécifiques à la CASS pour cette figure et les sanctions contre l'entreprise en cas de non-respect. La ministre a également signalé qu'on attend des travailleurs qu'ils connaissent le catalan (contractació en origen), bien que dispensés d'accréditer un niveau formel, et ce critère non plus n'est pas développé.
Si vous envisagez de demander des places dans le pilote, posez ces questions au Département d'Immigration (Departament d'Immigració) avant de vous engager.
Si cette saison vous recrutez quarante personnes de l'étranger, vous n'avez pas une démarche: vous avez quarante dossiers avec logement certifié, délais de CASS et dates de retour différentes. Cela, dans un tableur, s'écroule. Nous le numérisons dans les projets pour l'hôtellerie et la restauration. Écrivez-nous avant l'ouverture de la saison, pas pendant.